Archives de 22 novembre 2019

International informant: Quand, en septembre 2007, un avion appartenant à la CIA s’est écrasé au Mexique et l’on a découvert qu’il transportait plus de 4 tonnes de cocaïne, qu’avez-vous pensé ?

Marc Fievet :
Lorsque j’ai lu cette news, j’ai immédiatement pensé que malgré les années qui passent, les gouvernements et les dirigeants des grands services de renseignements utilisaient toujours les mêmes méthodes pour trouver des fonds.

Comment ne pas se souvenir d’Oliver North du temps de Bush père et d’Air America au Vietnam, pour ne citer que ces deux exemples qui sont tombés dans le domaine public.
Ayant travaillé pour la DEA et ayant pu constaté le manque total d’éthique morale des fonctionnaires que j’ai rencontrés, je ne suis pas étonné de ce type de transport par ces avions occupés à plein temps pour « faciliter » le « travail » de la CIA ou du DEA.
M’étant affronté au GAL, mouvement terroriste officieux, du gouvernement espagnol de Felipe Gonzalez, je peux affirmer que la morale classique que l’on attend de tous citoyens pour vivre en bonne intelligence avec ses concitoyens, ne fait absolument pas partie des paramètres à respecter par la plupart de nos gouvernements.

International informant: Quel est le pourcentage des stupéfiants saisis parmi les quantités qui transitent par les frontières européennes ?

Marc Fievet : Il faut d’abord souligner que l’on ne donne pas aux services chargés de la lutte contre les narcotrafics les moyens d’agir efficacement.
En Europe , on n’arrête que 10 à 12 % de la drogue qui entre dans les pays consommateurs. C’est le problème de la demande qu’il faudrait traiter, car il est illusoire de croire que l’on règlera la question en jugulant l’offre, ce qui est impossible dans un monde de plus en plus ouvert, avec des Etats aux motivations souvent antagonistes. Croit-on résoudre l’alcoolisme en supprimant l’alcool?

International informant: Si 90% des stupéfiants passent entre les mailles du filet, cela veut dire que les narcotrafiquants peuvent agir en toute tranquillité ?

Marc Fievet : Les trafiquants demeurent particulièrement tranquilles. J’ai compris, dès le début de mon action, qu’il n’y avait pas de volonté réelle d’enrayer les narcotrafics. Ce qui continue de me choquer est le fait que la plupart de ces trafiquants, parfaitement identifiés, sont laissés en liberté. Ceux dont j’avais donné le nom et signalés comme étant actifs dans la dernière organisation que j’ai infiltrée en 1993, n’ont jamais été poursuivis pour les opérations auxquelles j’ai participées en parfaite connaissance des services français de la DNRED . Claudio Pascuale Locatelli, qui avait pour conseiller le magistrat Catenacci et l’avocat Ciolla n’a jusqu’à ce jour pas été poursuivi pour les faits pour lesquels j’ai dû plaider coupable sur les consignes des autorités françaises. Quant à Carlos Hernandez Reumbeault, un cubano-colombo-espagnol, bien qu’arrêté en Suisse puis extradé vers le Canada sur des preuves accablantes de participation à ce trafic de cocaïne, il a été relaxé par la cour de Moncton au Nouveau Brunswick.

D’après ce que j’ai pu expérimenter sur le terrain, il n’y a pas de réelle volonté politique de s’attaquer aux narcotrafics. On arrête de temps en temps un gros trafiquant, mais en même temps on continue d’en laisser d’autres libres d’agir.

Les autorités font juste ce qu’il faut pour faire croire aux gens que l’Etat les protège mais, dans les faits, elles ne font pas grand chose.

International informant: : Avez-vous pu comprendre comment ce marché mondial des drogues fonctionne et comment son contrôle étatique occulte se met en place ?

Marc Fievet : J’ai compris que, plus les citoyens sont soumis à la drogue, plus les Etats peuvent trouver de prétextes pour instaurer des mesures de plus en plus coercitives voire liberticides qui n’ inquiètent pas vraiment les narcotrafiquants et les dealers mais qui, par contre, diminuent les libertés des citoyens – qui, eux, respectent les lois. Sont donc renforcés les pouvoirs établis.
Pour le reste du fonctionnement, il y a une demande importante et des Etats disposés à faciliter ou le transit ou la production de ces produits.
Les pays producteurs de stupéfiants dont les économies dépendent en grande partie des revenus dus à l’exportation de la drogue sont de plus en plus nombreux.

International informant: Ces métiers d’infiltration ne sont-ils pas le plus souvent exercés par des repris de justice, donc des gens facilement corruptibles ?

Marc Fievet : Il est vrai que les gens que l’administration française engage en qualité d’ « aviseur » ou d’ « indics » sont généralement des gens issus de la partie « obscure » de la société. En ce qui me concerne j’agissais en qualité d’agent infiltré sur demande des autorités douanières. Je crois, que l’on peut mener des actions d’infiltration, sans être soi-même issu de ce monde « obscur » et que ma totale loyauté envers la douane française a été confirmé dans un témoignage de Christian Gatard, mon ‘officier traitant’.

L’action d’un agent infiltré permet, entre autres, d’apporter aux autorités en charge de la lutte, des informations pour mieux comprendre le fonctionnement des trafics illégaux et des organisations criminelles. Si l’on veut lutter efficacement contre ce fléau de la drogue, il n’y a pas d’autre solution que l’infiltration.

International informant : Quand Maciej Zaremba dit par exemple, que le Kosovo est le royaume de la corruption, de l’illégalité et du crime, et que « les officiels de l’ONU mentent, car ils sont liés à la mafia albanaise » les citoyens ont de quoi s’interroger quant à savoir si la mafia n’a pas déjà pénétré toutes les sphères étatiques et privées ?

Marc Fievet : Oui, et cela a été démontré. La solidarité entre les possédants, les narco-trafiquants, les politiciens et les grandes entreprises est si étroite qu’en Colombie, un baron de la drogue a pu déclarer sans faire scandale que 35 % des parlementaires étaient sous son contrôle.

A l’époque, le comportement du président colombien Uribe, peu enclin à chercher un arrangement avec la guérilla pour tirer d’affaire Ingrid Betancourt, s’expliquait par le fait qu’il était lui-même un fleuron de cette narco-bourgeoisie. Uribe expliquait que son père avait été assassiné par les FARC. C’est vrai ! Mais il ne disait pas que son père, politicien lié aux narcotrafiquants, prêtait sa propriété pour les entraînements des paramilitaires. Il est mort justement lors d’une attaque des FARC contre ce camp d’entraînement. Pour tenter de sauver son père, le futur président emprunta un hélicoptère à un ami… Pablo Escobar. Aujourd’hui, les dirigeants en place, sont ils différents ?

D’autre part, il ne faut jamais oublier que le troisième marché mondial est celui de la drogue. Ce marché n’est pas pris en compte comme il se devrait par les gouvernements. Durant la campagne électorale en France de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, j’avais essayé d’attirer l’attention sur cette question, mais sans succès. Depuis le trafic a explosé bien aidé par le ‘net’, et les services spécialisés n’ont cessé de se concurrencer au détriment de l’efficacité. Les derniers exploits de la DNRED au boulevard Exelmans n’ont permis que de mettre en exergue que nos directions sont parfois aux mains d’ énarques voyous. Le cas d’Erwan Guilmin en est l’un des meilleurs exemples et constater qu’aujourd’hui se trouve à la tête de ce grand service une personne qui a été aux responsabilités dans de nombreux services de la DNRED tout au long de sa carrière sans qu’elle n’ait jamais rien remarqué d’anormal….interpelle!

Il y a un système mafieux qui s’est instauré au plus haut niveau des Etats et des gouvernements. Un système étatique mafieux qui a des intérêts économiques communs avec les mafias liées au crime organisé ; même si ces deux entités ne sont pas associées et ne se retrouvent jamais à la même table.

International informant: Où vont les revenus de ce marché parallèle ?

Marc Fievet : Il y a des banlieues entières qui vivent de ce marché souterrain lié à la drogue. En 2008, j’avais été dans les quartiers nord de Marseille à la rencontre d’associations. J’avais pu constater que la drogue ne provoquait plus le même rejet qu’il y vingt ou trente ans. La drogue fait aujourd’hui partie du décor social ! Bien sûr, ce ne sont pas les commissaires de quartier, plus occupé à remplir des stats qui vous confirmeront cette situation. En effet, les profits des petits et grands trafiquants sont immenses. La drogue restant une marchandise prohibée, son commerce est extrêmement lucratif: le marché de la drogue est celui qui connaît actuellement la plus forte expansion.

Prenons l’exemple de la Costa del Sol en Espagne. Les grands travaux qui, en l’espace de peu de temps, avaient doté cette région très pauvre d’une infrastructure touristique extraordinaire, n’auraient pu se faire sans les intermédiaires qui ont blanchi l’argent qui provenait de la drogue. Ces investissements n’ont pu se réaliser sans des complicités au sein de l »État espagnol. Aujourd’hui, c’est la même chose, en France sur la Côte d’Azur. Des ressortissants russes arrivent, investissent des sommes colossales dans l’immobilier, sans qu’aucune autorité ne vérifie d’où viennent les fonds investis !

On légalise le blanchiment de l’argent lié au crime et aux narcotrafics, sur une échelle vertigineuse, partout dans le monde, sans que cela n’alerte les autorités. Pourquoi ? Parce que ces investissements qui permettent aux économies souterraines liées au marché de la drogue de blanchir en toute impunité, servent les économies officielles. Partout l’on constate qu’il n’y a pas de réel contrôle de la part des autorités quant à l’origine de tous ces fonds occultes. Car ces fonds parallèles contribuent au développement des économies locales. Alors on ferme les yeux.

International informant: Nos gouvernements, même s’ils n’ont aucun lien direct avec les trafiquants, seraient complices dès lors qu’ils ne vérifient pas de manière stricte les origines des fonds qui arrivent dans telle ou telle région ?

Marc Fievet : Les grands blanchisseurs, en France, sont les grandes Banques institutionnelles. Arnaud Montebourg, député socialiste, était venu me rencontrer durant la période où je me trouvais en prison, dans le cadre d’une commission parlementaire qui devait enquêter sur le blanchiment d’argent. J’ai répondu à toutes ses questions. J’ai donné le nom des banques qui, suite à mon travail d’infiltration, s’étaient avérées actives dans le domaine du blanchiment d’argent sale. J’ai déclaré, alors que je m’étais présenté sous la couverture d’un armateur, que je n’avais rencontré aucune difficulté à faire blanchir dans les banques citées, les milliards de lires qui provenaient de l’organisation Locatelli que j’avais j’infiltrée.

International informant: Quels sont les banques en question ?

Marc Fievet : La Barclays Bank, Le Banco Atlantico, l’ABN AMRO, la Banque Indo Suez, ainsi qu’une officine qui se trouvait au Liechtenstein. Je suis persuadé que, dans ces banques, les salles destinées à compter le « cash » qui provient des narcotrafics existent encore.

J’ai eu par la suite la grande surprise de découvrir que mes déclarations, dûment enregistrées par Arnaud Montebourg et transcrites sur 30 pages, qui précisaient les noms des gens et des banques comme étant capables de recycler des sommes d’argent colossales sans états d’âme, ont été écartées car, selon la loi française, on ne pouvait pas les poursuivre.
Seul, l’agent infiltré qui avait déclaré aurait été poursuivi…
Comment alors faire confiance à nos institutions ?

Quand l’Etat nomme des commissions, quand des députés de l’Assemblée nationale vont enquêter, les gens croient que l’Etat est vraiment engagé dans le combat contre les narcotrafiquants, mais en réalité il n’en est rien. L’enquête conduite par Messieurs Montebourg et Peillon a permis à Monaco, qui faisait partie du peloton de tête des blanchisseurs les plus malins, de sortir innocenté et de continuer d’être une place forte offshore de blanchiment.

Les Etats ne se concertent pas pour s’attaquer au narcotrafic sur une échelle mondiale. Il y a des intérêts étatiques particuliers, qui sont en concurrence, selon qu’il y ait des juridictions plus permissives que d’autres. Des places financières comme Luxembourg, Liechtenstein, Jersey ou Gibraltar, réputées comme assez perméables, permettent ce que d’autres Etats ne peuvent s’autoriser qu’officieusement.

International informant: Quels sont les Etats mis en concurrence ?

Marc Fievet : L’Etat le plus performant d’entre tous est indubitablement celui des Etats-Unis. Sous prétexte d’apporter à d’autres Etats de l’aide et des conseils pour lutter contre la drogue, les USA imposent une politique générale à mener qui correspond aux intérêts supérieurs des seuls USA.

International informant: : Dick Marty a donc raison quand il affirme « qu’il y a d’autres menaces tout aussi dangereuses que le terrorisme », qui sont « en train de causer des désastres immenses partout sur la planète » et qu’il est important de combattre ?

Marc Fievet : Je suis d’accord. Plus il y a du terrorisme, plus il y a de drogue, plus cela permettra la mise en place de mesures liberticides. Les gens acceptant de perdre leur liberté en pensant que ces lois répressives servent l’intérêt général.

International informant: : Quels sont les moyens consacrés et combien de taupes l’Etat français a-t-il engagées pour surveiller les gens dans la lutte contre le terrorisme, en comparaison des moyens consacrés à la lutte contre les narcotrafics ?

Marc Fievet : Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question. Ce que je sais, c’est que le narcotrafic est devenu l’une des principales sources de financement des organisations terroristes depuis l’ « abandon » du sponsoring international d’Honecker ou Kadhafi. L’IRA que j’avais infiltrée en est un des exemples. D’aucuns disent qu’aujourd’hui le financement des organisations terroristes est en provenance des pays qui semblent être en pointe pour lutter contre ces mêmes organisations criminelles que sont ces différentes factions terroristes.

International informant : Vous qui avez fréquenté ce monde de l’espionnage, vous ne devez pas ignorer, qu’aujourd’hui, l’infiltration des milieux qui débattent des questions de société est devenue plus intense que jamais. De simples citoyens, dont l’opinion dérange les pouvoirs établis, sont mis massivement sous surveillance. Cela vous paraît-il normal ? Avez-vous une idée du nombre de personnes qui ont pour tâche d’espionner des gens à leur insu ?

Marc Fievet : Les agents secrets de la DST ou des RG infiltraient tout groupe et mettaient sous surveillance toute personne soupçonnée d’avoir des opinions « dissidentes ». Aujourd’hui ce sont les agents de la DGSI qui continuent cette action. Plus de 4000 fonctionnaires et c’est un secteur qui recrute.

International informant : Agent infiltré au service de la France, celle-ci vous a lâché quand vous vous êtes retrouvé en prison. Ce sont-là les risques inhérents au métier ?

Marc Fievet : Les risques inhérents aux actions d’infiltration devraient être assumés par les autorités qui utilisent ce type d’actions. De Michel Charasse en passant par tous les directeurs généraux de la Douane française, ils ont tous trouvé le bon argument pour ne pas assumer.
Les douanes françaises dont dépendait le service de la DNRED qui m’employait, m’oublièrent plus de 10 ans et demi en prison par lâcheté et manque totale d’éthique morale. Il a fallu attendre une décision de justice de juin 2006 pour que je sois enfin blanchi et qu’il soit reconnu que l’étiquette de narcotrafiquant que l’on m’avait collé n’était qu’une manipulation juridico-policière.

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C’est la plus grosse saisie de cocaïne jamais effectuée sur sol suisse. Le 16 mai dernier, trois hommes venus d’Europe de l’Est sont arrêtés dans le parking souterrain du Grand Casino, près de l’aéroport de Bâle-Mulhouse. Ils viennent de débarquer 600,4 kilos de cocaïne d’un jet privé, un Gulfstream V immatriculé M-FISH, venu d’Uruguay après une escale à Nice. La drogue embarquée dans 21 valises valait quelque 20 millions de francs.
«La livraison était surveillée», raconte le colonel François Després, de la gendarmerie française. «Après l’atterrissage, on a laissé passer le produit côté bâlois. Cela correspondait au scénario judiciaire fixé par les autorités tchèques et croates, qui pilotaient l’enquête.» Le Français salue «une très belle opération, un tour de force, et une excellente coopération franco-suisse».

Si le filet a fini par se refermer à Bâle, c’est à cause de la présence d’une puissante figure du crime organisé des Balkans, Michael Dokovich,
60 ans. Selon les enquêteurs, il est le commanditaire de la livraison de cocaïne. Et sa venue au Grand Casino a constitué une «bonne surprise» qui a précipité les arrestations.

«Le Big Boss est venu sur place, c’était une erreur de sa part, commente un policier suisse.

En principe, ces gros bonnets ne mettent jamais les mains dans le cambouis.
Il y a peu de gens en Europe capables d’acquérir une demi-tonne de cocaïne, donc on est dans le gratin des trafiquants européens. L’arrêter n’était pas prévu, ça a été une occasion un peu unique.»

Il a fallu un an et demi d’enquête pour arriver à ce résultat. Nous avons pu reconstituer des détails de cette traque, restés inédits en Suisse, en partenariat avec la plateforme European Investigative Collaborations (EIC).

Du cash dans une Mercedes

Selon des informations de sources croates, l’enquête, qui sera baptisée «Operation Familia», démarre fin 2017 et connaît une percée décisive l’année suivante. La compagne de Michael Dokovich est arrêtée à la frontière croato-slovène, près de Zagreb, avec un million d’euros en liquide dissimulés dans le châssis de sa Mercedes. La somme confisquée, elle repart libre, mais sous surveillance.

Dans les écoutes téléphoniques, on entend Michael Dokovich se vanter d’avoir organisé des dizaines de transports d’argent similaires ces dernières années.

À l’époque, ce Monténégrin au lourd passé criminel ne se cache pas.

Sur Facebook, il pose en hôtelier jovial, patron d’un établissement un peu bling-bling de Tuzi, au Monténégro, près de la frontière albanaise.

En réalité, selon les enquêteurs, il dirige un trafic de cocaïne depuis son appartement de Zagreb en utilisant une myriade de pseudonymes (son nom de naissance est Ilmija Frljuckic). Son gang comprend un policier croate corrompu qui lui fournit des informations et l’aide à se constituer de fausses identités.

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