AMÉRIQUE CENTRALE (Coke en stock – CCLXXVI): au Guatemala 🇬đŸ‡č, les aĂ©roports aux mains des narcos

PubliĂ©: 30 mars 2020 par Marc Fievet dans Aeronarcotrafic, AMERIQUE CENTRALE - CARAÏBE, Blanchiment, CocaĂŻne, Guatemala, Narco-logistique, NARCOTRAFIC
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Tous ces avions remplis de cocaĂŻne se posent, on l’a vu, plutĂŽt sur des pistes clandestines. Faut rester discret. Sur les aĂ©roports, c’est Ă  une autre ballet auquel on assiste au Guatemala. LĂ , ce sont des valises pleines d’argent liquide qui circulent, la monnaie d’échange des trafiquants Ă©tant le dollar amĂ©ricain, plus rarement la monnaie du pays.

Dans le genre on a assistĂ© Ă  de beaux cas d’exemples ces derniĂšres annĂ©es. Un avion qui cachait ses billets dans le plafond de sa cabine, une ex star de la TV essayant de sortir discrĂštement un demi-million de dollars du pays, un entraĂźneur de foot avec ses millions, et toujours une corruption tous azimuts dans le pays.

En rĂ©sumĂ© c’est plutĂŽt simple : la majoritĂ© des aĂ©roports est aux mains des trafiquants !

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Retour sur une vieille affaire

C’est bien cela en effet, des avions, transporteurs de cocaĂŻne, qui se posent partout, car les trafiquants ont mis la main sur tout l’infrastructure aĂ©rienne du pays : « Les trafiquants de drogue pourraient mĂȘme ĂȘtre Ă  l’origine du meurtre d’un contrĂŽleur aĂ©rien qui a empĂȘchĂ© un avion chargĂ© de cocaĂŻne d’atterrir en 2007. Des sources de l’aviation civile ont assurĂ© aux AmĂ©ricains dans le premier des deux cĂąbles que «des officiers de l’aviation impliquĂ©s Ă©taient impliquĂ©s dans le meurtre le 17 aoĂ»t 2007, le contrĂŽleur JosĂ© Emanuel MĂ©ndez, qui avait refusĂ© l’autorisation d’atterrir Ă  un avion chargĂ© de trois tonnes de cocaĂŻne et qui, aprĂšs cinq tours Ă  l’aĂ©roport, a fini par tomber » (Mendez Ă©tait aussi le fils de l’activiste des droits humains et ancien congressman Amilcar Mendez). « En reprĂ©sailles, MĂ©ndez aurait Ă©tĂ© tuĂ© », explique le cĂąble, qui s’appuie sur l’aviation civile, la police et les autoritĂ©s syndicales. (
) « Pour ce meurtre, son collĂšgue Erwin Omar Gudiel Arias a Ă©tĂ© reconnu coupable par un tribunal. Le journaliste Andreas Bourke, ami de MĂ©ndez, a exigĂ© le 22 juillet 2010 dans le journal que la paternitĂ© intellectuelle soit poursuivie. Et il s’est souvenu que Carlos Castresana, alors qu’il Ă©tait le chef de la Commission internationale contre l’impunitĂ© (Cicig), a dĂ©clarĂ© que la Commission avait trouvĂ© des indications comme quoi Juan Roberto Garrido, responsable de la sĂ©curitĂ© de l’aĂ©roport, avait Ă©tĂ© impliquĂ© dans le meurtre. » Cet effort de nettoyage de l’aĂ©ronautique et des aĂ©roports du Guatemala, pays qui compte le plus d’avions par habitant sur le continent, ne fait que commencer. » Il n’est pas allĂ© loin, pour l’instant semble-t-il, hĂ©las.

Les aéroports du pays aux mains des trafiquants

En 2012, le site Cosecha Roja avait pourtant dĂ©jĂ  alarmĂ© sur ce qui se passait Ă  La Aurora : « de nombreux avions ont atterri en provenance d’AmĂ©rique du Sud et sont stationnĂ©s sur la piste d’atterrissage abandonnĂ©e et incontrĂŽlĂ©e de Puerto Barrios.

Et mĂȘme une partie est contrĂŽlĂ©e par un trafiquant de drogue connu », dit le cĂąble « 08GUATEMALA1360 » du 31 octobre 2008, signĂ© par l’ancien ambassadeur Stephen McFarland, aprĂšs une rĂ©union avec les autoritĂ©s de l’aviation civile. Un autre cĂąble, « 08GUATEMALA1180 », a indiquĂ© que cette piste de 2060 mĂštres de long avait Ă©tĂ© abandonnĂ©e par l’armĂ©e en 2004 (elle est bien visible ici sur Google Earth). Le cĂąble en premier disait aussi ceci : « Le commissaire Carlos Castresana Ă©tait au courant de la situation Ă  la suite de l’arrestation, en juillet 2008, de Luis Fernando Archila Lima, Chef de la sĂ©curitĂ© de la Direction gĂ©nĂ©rale de la sociĂ©tĂ© civile Chef de la sĂ©curitĂ© de la Direction gĂ©nĂ©rale de la sociĂ©tĂ© civile Aviation (DGAC) Ă  Puerto Barrios, pour possession de drogue. Selon la presse, Archila Lima a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e bientĂŽt aprĂšs que les autoritĂ©s ont perquisitionnĂ© une tour de contrĂŽle de l’aĂ©roport oĂč deux des onces d’hĂ©roĂŻne ont Ă©tĂ© trouvĂ©es dans son lit ».
Le chef de la sĂ©curitĂ© de l’aĂ©roport se droguait ! Un comble !

 

« Des cas d’atterrissages sur les pistes de CobĂĄn et Zacapa ont Ă©tĂ© documentĂ©s. Par exemple, en dĂ©cembre 2010, les autoritĂ©s ont trouvĂ© trois petits avions Ă  l’aĂ©roport de CobĂĄn: dans l’un, il y avait 300 milles quetzals et deux autres n’avaient pas la permission d’entrer dans le pays. Tous trois Ă©taient au service des Zetas, selon des sources des renseignements civils. Ils ont Ă©galement utilisĂ© un cĂŽtĂ© de la piste pour les courses de chevaux. Ces cas dans lesquels des trafiquants de drogue utilisent les aĂ©roports nationaux comme pistes privĂ©es ont Ă©tĂ© Ă©tendus au port de San JosĂ©, selon les cĂąbles (
) « en juillet 2005, l’ancien chef du secrĂ©taire Ă  l’analyse et Ă  l’information contre la drogue (Saia), AdĂĄn Castillo, a dĂ©clarĂ© que l’aĂ©roport international de La Aurora Ă©tait utilisĂ© pour introduire de grandes expĂ©ditions de drogues dans le pays et que c’était la famille Mendoza de Izabal qui gĂ©rait l’essentiel du trafic de drogue (ils s’en occupaient toujours en 2019 selon Insight Crime et « anonguatemala » ). Quatre mois plus tard, Castillo a Ă©tĂ© capturĂ© aux États-Unis pour avoir convenu avec les trafiquants de la prise en charge d’une cargaison de drogue. Il a Ă©tĂ© condamnĂ© en 2007 Ă  dix ans de prison. »

A gauche, la famille Mendoza avec le politicien Mario Estrada aujourd’hui derriĂšre les barreaux, devant son hĂ©licoptĂšre de campagne TG-MEO controversĂ©. Ce trafic perdure : les deux photos ici sont celles diffusĂ©s dans un journal tĂ©lĂ©visĂ© du matin en mars 2018 au lendemain de la dĂ©couverte d’un Cessna incendiĂ© sur une piste clandestine au nord de Zacapa, visible ci-dessous (au 15° 4.902’N et 89° 40.490’O) :

Dans le plafond

L’argent continue Ă  circuler : si en 2010 c’était une dame qui avait Ă©tĂ© pincĂ©e avec une valise pleine de billets, en mars 2019 c’est un avion au complet, un petit Cessna 340 reconnaissable Ă  ses bidons de bout d’aile, sa vitre latĂ©rale de cockpit en demi-cercle, ses hublots ovales: un avion immatriculĂ© XB-FKB, venu du Mexique, donc, avec Ă  l’intĂ©rieur un compartiment « secret », parfaitement dissimulĂ© Ă  l’intĂ©rieur du plafond de l’appareil qui allait surprendre les enquĂȘteurs montĂ©s Ă  son bord (il avait Ă©tĂ© soigneusement recousu sans laisser de traces !)

Dans cet espace inattendu et difficilement, dĂ©tectable (Ă  moins de disposer d’une information sur la modification faite quelque part sur l’appareil, ce qui Ă  sans doute Ă©tĂ© le cas dans cette affaire) Ă©taient dissimulĂ©s 64 400 dollars amĂ©ricains et 16 500 pesos mexicains, plus huit tĂ©lĂ©phones portables, un GPS et mĂȘme un iPad. Une caverne d’Ali Baba, mais au-dessus de la tĂȘte !

Fait Ă  noter, les membres d’équipage et les passagers avaient Ă©tĂ© identifiĂ©s comme Ă©tant tous des jeunes, aucun ne dĂ©passant la quarantaine : Jonathan Quezada Flores, 35 ans; Alejandro Galindo BenĂ­tez, 33 ans, Abraham Galindo Escamilla, 21 ans et Alexia SarahĂ­ Herrera Inzunza, 24 ans, tous Ă©galement de nationalitĂ© mexicaine. La nouvelle gĂ©nĂ©ration des trafiquants mexicains, certainement trop bavards sur le net
 Depuis, « leur » avion pourrit sur le tarmac de la Aurora (et ce n’est pas un Cessna 401 comme indiquĂ© !). En vĂ©ritĂ©, l’immatriculation Ă©tait certainement fausse. Aucune recherche ne pointe vers elle en effet. L’avion est donnĂ© comme Ă©tant le 340A-0646 qui est celui du N8875K, annoncĂ© comme invendu en avril 2017, et reversĂ© Ă  la Cessna Aircraft Company.

L’évasion de devises, le sport roi au Guatemala : sortir l’agent !

C’est Global Voices qui nous le confirme ici le 26 juillet 2014 : l’évasion de numĂ©raire a pris des proportions inquiĂ©tantes ces derniĂšres annĂ©es au Guatemala et l’endroit principal par lequel cela se fait est l’aĂ©roport de la Aurora. L’article dĂ©bute par un exemple prĂ©cis, celui de « la prĂ©sentatrice de tĂ©lĂ©vision MarĂ­a Magdalena Stahl Hurtado, par ailleurs mannequin et « psychologue » (elle a participĂ© Ă  la finale de Miss Equateur en 2005), une citoyenne amĂ©ricaine d’origine allemande » dont l’attitude avait interpellĂ© un agent des douanes suspicieux. La belle, ici Ă  droite, interrogĂ©e, finit par craquer devant le douanier : « aprĂšs plusieurs heures de comptage, le ministĂšre public a calculĂ© qu’il y avait 435 762 dollars USD cachĂ©s dans les bagages que Mme Stahl s’apprĂȘtait Ă  emporter Ă  Panama ». Elle avait tentĂ© de dissimuler 1/2 million de dollars dans ses bagages !!! Un phĂ©nomĂšne courant, nous apprend l’article : « le dernier cas signalĂ© est celui de M. Richard Alexis Preza Herrera, l’entraĂźneur de l’équipe de football Coatepeque qui a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© pour le transport de 14,6 millions de dollars US. Lors de son procĂšs, il a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  une amende de 600 000 quetzales (7 750 dollars US) et il lui est interdit de quitter le pays. » Ces transferts interdits, les trafiquants les font aussi, mais de maniĂšre plus adroite Ă  vrai dire : “La loi stipule que jusqu’à un montant de 10 000 dollars peut ĂȘtre transportĂ© sans dĂ©claration. Aussi y a-t-il des gens qui voyagent avec 9 700 ou 9 800 dollars, tout juste, pour rester dans la limite lĂ©gale “, dit M. Rodenas. Au moins deux grands groupes de « courriers », chacun transportant un montant lĂ©gal d”argent, ont Ă©tĂ© capturĂ©s transportant de ‘l’argent Ă  Panama, la destination principale pour le blanchiment d’argent. Selon M. Rodenas, un autre moyen de transporter de l’argent Ă©tait de prĂ©tendre que les courriers Ă©taient des directeurs ou des employĂ©s d’entreprises qui voyageaient pour affaires ou faire des achats. Ensuite, aprĂšs des mois d’enquĂȘte, on arrive Ă  la conclusion que les entreprises n’étaient qu’une couverture et qu’elles n’avaient pas d’activitĂ©s financiĂšres rĂ©elles.

En fait, les trafiquants continuent Ă  utiliser cette mĂ©thode. “VoilĂ  comment ils exportent l’argent hors du pays. Ils font ce que la loi permet”, dit M. Rodenas, qui ne s’aventure pas Ă  avancer une hypothĂšse quant aux montants totaux d’argent qui sont exportĂ©s hors du pays illĂ©galement. “Il est difficile de donner un chiffre ; une Ă©tude devrait ĂȘtre rĂ©alisĂ©e”, dit-il.

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