DOUANE FRANÇAISE đŸ‡«đŸ‡· (DNRED): lorsque NS 55 prĂ©parait une implantation du cotĂ© de Puerto Barrios au Guatemala

Publié: 30 mars 2020 par Marc Fievet dans BAN, Belgique, Colombie, DEA (USA), DG de la Douane française, DNRED, Douane française, Espagne, EUROPE, France, GUYANE, HM Customs Excise (UK), Irlande, NARCOTRAFIC, Narcotrafic INFOS, NS 55, OCRTIS, Pays-Bas, Secret Defense, SERVICES ANTI-DROGUES, SERVICES ESPAGNOLS, SVA, UK
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AprĂšs la politique, le terrorisme.

John Short me l’a clairement indiquĂ©: le Melor ne va pas faire du cabotage.

Mon gentil trafic entre le Maroc et l’Espagne, voire l’Italie, n’était que de l’artisanat Ă  cĂŽtĂ© de ce que Short me laisse entrevoir. On ne parle plus de cannabis, ni de Tanger, mais de cocaĂŻne et des CaraĂŻbes, et je dois impĂ©rativement en tenir compte pour les travaux de mise Ă  niveau de mon cargo. Celui-ci doit ĂȘtre absolument fiable, je ne peux m’aventurer en haute mer, pour de longues traversĂ©es, sans un maximum de sĂ©curitĂ©. J’en parle longuement avec Ralf De Groot qui m’avertit que la sĂ©curitĂ© et la belle mĂ©canique ont un coĂ»t. Lorsqu’il me montre le calcul, le total me donne le vertige. J’en avise mon commanditaire anglais qui tousse un peu mais finit par se ranger Ă  mes arguments et accepte de rĂ©gler les factures. En bon commerçant, il comprend que la fiabilitĂ© du bateau rassure le client, convaincu que ses commandes arriveront Ă  bon port.

Parkhave Rotterdam


Le principe de rĂ©parations et d’amĂ©nagements lourds est donc acquis, ce qui va m’obliger Ă  rester Ă  Rotterdam pendant deux mois et demi. Le Melor disposera d’une autonomie de soixante-dix jours de mer. Mais pour cela il faut installer de nouveaux rĂ©servoirs de fuel et donc, Ă©galement, de nouvelles canalisations. Nous sommes loin du bricolage prĂ©vu au dĂ©part et cette nouvelle orientation n’échappe pas aux douaniers hollandais.Mon Ă©quipement de bord les avait dĂ©jĂ  intriguĂ©s, voilĂ  qu’ils s’interrogent maintenant sur mes amĂ©nagements et me demandent des comptes sur mes projets.Cette fois l’heure n’est plus aux civilitĂ©s et je me fĂąche lorsqu’un officier de la Douane hollandaise vient Ă  nouveau me poser des questions :-Ceci est mon bateau, j’en fais ce que je veux. Pour votre information, j’ai l’intention de commercer et de monter une affaire avec un pays d’AmĂ©rique centrale. J’aurai besoin de mon cargo pour transporter du matĂ©riel et des marchandises. Jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas interdit et je suis bien aimable de vous en aviser. Le douanier grommelle quelques remarques que je n’écoute pas, puis rejoint le quai. Je sais fort bien qu’il ne va pas se contenter de ces explications et qu’il me demandera d’autres prĂ©cisions. Je devrai les lui fournir et pour cela une Ă©vidence apparaĂźt : je dois effectivement lancer un projet avec un pays d’AmĂ©rique centrale, ou, en tout cas, en donner l’impression.Je ne manque pas d’imagination et la dĂ©mesure ne m’effraie pas. Je consulte un atlas et je dĂ©cide tout Ă  fait arbitrairement d’implanter une affaire sur la cĂŽte Atlantique du Guatemala. La base Ă©tant dĂ©finie, j’opte pour la crĂ©ation d’un complexe hĂŽtelier autour d’une marina. C’est ambitieux, mais seul un projet ambitieux peut motiver les autoritĂ©s locales et les pousser Ă  me fournir les cautions et les justifications que les douaniers vont me demander Ă  coup sĂ»r. AidĂ© par un juriste, j’échafaude mon projet avec le plus grand sĂ©rieux pour le rendre crĂ©dible, puis je prends contact avec l’attachĂ© commercial de l’ambassade du Guatemala Ă  Madrid. Un rendez-vous est fixĂ© et je fais un aller-retour en Espagne pour peaufiner le projet et lui donner corps. Un lieu prĂ©cis est dĂ©terminĂ© : Puerto Barrios, qu’il faut aller reconnaĂźtre. Pour me justifier aux yeux des douanes, je dois aller jusqu’au bout de l’illusion et j’envoie Ă  Guatemala City mon fils Laurent et un ami, cadre commercial, totalement Ă©tranger Ă  tous trafics, rencontrĂ© Ă  Gibraltar, qui parle parfaitement espagnol. Avant leur dĂ©part je les invite, bien sĂ»r, Ă  susciter et multiplier les actes Ă©crits avec les autoritĂ©s et les entreprises. ParĂ© de ce cĂŽtĂ©, je dois maintenant m’occuper de l’autre volet de mes travaux sur le Melor : leur financement. Le chantier de Parkhaven m’a prĂ©sentĂ© une premiĂšre facture que je dois rĂ©gler et j’appelle mon caissier Ă  Londres. John Short tient parole et m’invite aussitĂŽt Ă  le rejoindre au Croydon Palace HĂŽtel, juste en face de la Cour de Justice, dans la banlieue de Londres oĂč il me remettra l’argent. Mais il s’inquiĂšte :

-Comment comptes-tu sortir une telle somme en argent liquide d’Angleterre ?

-Je me dĂ©brouillerai, j’ai l’habitude. En fait d’habitude j’appelle aussitĂŽt Gatard pour qu’il demande de l’aide Ă  son homologue anglais. Il ne peut tout de mĂȘme pas refuser. Quelques jours plus tard, je suis assez satisfait de passer devant les douaniers de l’aĂ©roport d’Heathrow sous la discrĂšte protection de John Hector, l’un des leurs, sans mĂȘme leur montrer la moindre piĂšce d’identitĂ©. Je n’ai mĂȘme pas cherchĂ© Ă  dissimuler les liasses de livres sterling serrĂ©es dans une pochette en plastique au fond de mon sac de voyage, puisque pour plus de sĂ»retĂ©, c’est John Hector lui-mĂȘme qui portait mon sac. Sous l’impulsion de Ralf, les travaux ne prennent pas de retard et je peux bientĂŽt communiquer avec exactitude Ă  John Short la date oĂč le Melor sera prĂȘt Ă  appareiller. Il me donne alors plus de dĂ©tails sur l’opĂ©ration que je vais mener et, brusquement, je comprends pourquoi les Anglais s’intĂ©ressent tant Ă  lui :-Marc, tu pars dĂšs que le bateau est parĂ©. Tu vas charger une tonne de cocaĂŻne aux CaraĂŻbes que tu livreras Ă  des gens de l’IRA. C’est urgent, ils ont besoin d’argent, et moi aussi. Nous avons dĂ©jĂ  perdu trop de temps. Je te prĂ©ciserai le programme plus tard. Pour l’instant je peux juste te dire que tu dĂ©chargeras prĂšs d’Oban, en Écosse. Tu peux aller repĂ©rer les lieux et chercher le site qui te convient. Tiens-moi au courant. Je sens que Short ne tient pas Ă  en dire plus pour le moment mais je l’interroge tout de mĂȘme car l’information qu’il vient de me donner sans la moindre prĂ©caution me paraĂźt Ă©norme :

-John, l’IRA donne dans le trafic de drogue ?

Allons Marc, tu n’es pas naĂŻf, ça coĂ»te cher la clandestinitĂ©. A ton avis, ils vivent de quoi ? Des dons des militants ? Et les armes, les bombes, ça pousse dans les champs comme les salades ? Au revoir Marc, je te rappelle.

AprĂšs le GAL en Espagne, l’IRA en Irlande
 DĂ©cidĂ©ment les trafics de drogue ne profitent pas qu’aux dealers des banlieues et je me pose des questions sur la volontĂ© de certains États d’y mettre un terme. Pour alimenter certaines caisses noires quoi de plus anonyme et discret qu’une livraison dans un charmant petit port ? Pas de paperasse, pas de trace, pas de TVA et le contribuable n’est mĂȘme pas floué En tout cas j’ai la certitude que je viens de franchir un palier. Je naviguais en eaux troubles, je plonge en eaux profondes.

Christian Gatard

Christian Gatard, le patron de la DNRED de Nantes émet un long sifflement lorsque je lui révÚle mon information:

C’était donc ça, les British se doutaient que par Bob Mills, puis John Short, ils allaient remonter jusqu’à l’IRA. Je comprends mieux, il ne s’agit plus seulement de saisir des stups mais surtout de coincer salement des indĂ©pendantistes irlandais. C’est une toute autre dimension.

Bobby Mills

Avec Christian je ne cherche pas Ă  jouer l’oisillon tombĂ© du nid: depuis le temps, je suppose quand mĂȘme que les flics anglais se doutent bien que l’IRA ne vit pas d’oboles ?

C’est certain. Tu vois bien qu’ils ne pistaient pas Mills par hasard. Mais, entre savoir et prouver, il y a un grand vide juridique.

Je constate encore que tous les mouvements clandestins du monde, qu’ils soient de droite ou de gauche, n’existent que par les trafics, mais que le lien entre la drogue et le financement du mouvement n’est jamais Ă©vident, sans compter que, bien souvent, la politique vient encore compliquer les choses. MĂȘme trĂšs riches, les États n’aiment pas mettre la main Ă  la poche, alors, si leurs protĂ©gĂ©s peuvent subvenir Ă  leurs besoins, ils ferment pudiquement les yeux sur les mĂ©thodes et, Ă©ventuellement, donnent mĂȘme un petit coup de pouce. Ce qui ne les empĂȘche pas, parallĂšlement, d’engloutir des sommes colossales dans la lutte contre les trafics Ă  grand renfort de beaux discours et de bonnes intentions.Tous les policiers, tous les douaniers du monde sont d’accord sur ce point, ce qui ne les empĂȘche pas de traquer les trafiquants pour la plupart d’entre eux avec pugnacitĂ©, conviction, voire avec courage, ce qui est d’autant plus admirable. Pour l’heure c’est ce que font les douaniers de Nantes et ceux de Londres, les HM Customs excise officers.

George Atkinson

En apprenant que je vais livrer pour l’IRA, le contrĂŽleur George Atkinson s’autorise une sorte de glapissement qui doit traduire chez lui une intense euphorie, et propose immĂ©diatement de mettre l’un de ses hommes Ă  ma disposition pour aller repĂ©rer les lieux de la livraison.

Un rendez-vous est prĂ©vu Ă  l’ambassade de France, dans le bureau de l’attachĂ© des Douanes, Marc Lerestre, pour monter l’opĂ©ration. Nicole, la secrĂ©taire de la DNRED de Nantes m’y accompagne pour reprĂ©senter le service et ramener quelques documents confidentiels que Lerestre doit lui remettre. Il fait gris et il pleut

lorsque nous arrivons devant le King’s Gate House, 115 High Holborne, annexe de l’ambassade de France. Dans le hall, Marc Lerestre discute dĂ©jĂ  avec un officier des Douanes anglais, John Hector. C’est lui qui va nous accompagner en Écosse. Les prĂ©sentations effectuĂ©es, nous montons dans le bureau de l’attachĂ© des Douanes qui a dĂ©jĂ  Ă©talĂ© une carte des cĂŽtes Ă©cossaises sur une table ronde. John Hector pointe tout de suite son doigt sur le golfe de Murray, Ă  l’ouest, et le canal CalĂ©donien qui relie la cĂŽte ouest Ă  la cĂŽte est de l’Ecosse. C’est dans cette zone que l’on m’a demandĂ© de livrer et c’est donc lĂ  oĂč nous allons nous rendre demain. Je loue une voiture Ă  mon nom Ă  l’aĂ©roport de Glasgow et j’inscris John Hector comme conducteur parce que je n’ai pas l’habitude de la conduite Ă  gauche. Un tout petit dĂ©tail qui me lie par contrat aux douanes anglaises et scelle notre coopĂ©ration.

King’s Gate House, 115 High Holborne

Pour mes trois compagnons de voyage, notre sĂ©jour Ă©cossais se transforme bien vite en circuit touristique. Ne connaissant rien aux manƓuvres que je vais avoir Ă  exĂ©cuter, ils ne me sont d’aucune utilitĂ©. Aussi, la plupart du temps, je leur laisse la voiture, prĂ©fĂ©rant prospecter les ports et longer les cĂŽtes seul et Ă  pied.

Nous restons trois jours sur le secteur et je fixe mon choix sur un tout petit port assez isolĂ©, prĂšs d’Oban, face auquel je pourrai mouiller sans trop attirer l’attention. Un Zodiac viendra prendre la marchandise et la mĂšnera jusqu’à un camion garĂ© le long du canal CalĂ©donien. La suite ne me regarde plus, elle concerne John Hector qui m’assure que son service n’a encore rien prĂ©vu. Le repĂ©rage est terminĂ©, je rentre Ă  Rotterdam.

Pas pour longtemps. Je reçois trÚs vite un appel téléphonique de John Short. Je dois partir à Dublin


immĂ©diatement et prendre une chambre dans un hĂŽtel dont il me donne le nom. Puis il m’indique un jour, et l’heure exacte Ă  laquelle je devrai me trouver au bar de cet hĂŽtel. C’est concis. Au jour dit, Ă  l’heure dite, je suis Ă  mon poste. J’ai repĂ©rĂ© le tĂ©lĂ©phone posĂ© au bout d’un assez joli bar en bois et je me suis installĂ© Ă  la table la plus proche en commandant une « lager beer ». Cet instant m’excite, mais en mĂȘme temps je pense que tout cela n’est qu’un jeu. Ce tĂ©lĂ©phone que je fixe intensĂ©ment ne peut pas sonner, on ne voit cela que dans les films
Et pourtant il sonne. IncrĂ©dule, je refuse de regarder le barman, qui fait rĂ©pĂ©ter un nom pour la troisiĂšme fois, et j’accroche mon regard sur le programme d’un singing-pub affichĂ© en face de moi entre un jeu de flĂ©chettes et une vieille publicitĂ© pour la Pelforth.

– Mister FiĂ©vet ?

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