FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (PĂ©nurie, hausse des prix et risques de violences): comment le confinement dĂ©stabiliserait le trafic de drogue

Publié: 10 avril 2020 par Marc Fievet dans Aeronarcotrafic, Amphétamines, Blanchiment, Cannabis - Hachis - Haschich, Cocaïne, DNRED, Douane française, Drogues, EUROPE, France, Gendarmerie, Héroïne, Justice, Narco-logistique, NARCOTRAFIC, Narcotrafic INFOS, Narcotrafic maritime, OFAST, Police, SERVICES ANTI-DROGUES, SERVICES FRANCAIS, TRACFIN
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La contrĂŽleuse gĂ©nĂ©rale StĂ©phanie Cherbonnier, patronne de l’OFAST Ă©voque l’impact du confinement sur le trafic, et les modifications rĂ©centes du marchĂ© de la cocaĂŻne en France.

Quels sont les effets du confinement sur le trafic de drogue ?

La distribution est devenue compliquĂ©e pour les dealers, et les consommateurs ont des difficultĂ©s pour s’approvisionner, car chaque prĂ©sence sur la voie publique devient suspecte. Les vendeurs changent donc leur maniĂšre de travailler et peuvent utiliser le fret postal, la vente sur Internet, les livraisons Ă  domicile. Ces changements, nous les surveillons, car on ne peut pas exclure l’émergence de violences entre groupes criminels, pour s’approprier le stock d’un rival ou rĂ©cupĂ©rer des points de deal de concurrents qui n’ont plus rien Ă  vendre


Les produits commencent donc Ă  manquer ?

L’approvisionnement, notamment en cannabis, s’est beaucoup tari. Les routes du Maroc ont Ă©tĂ© fermĂ©es, les contrĂŽles routiers sont renforcĂ©s en Espagne et en France. La rĂ©sine a plus de mal Ă  remonter par les filiĂšres classiques, mĂȘme si le fret routier continue Ă  circuler. Nous constatons une hausse de prĂšs de 30 % Ă  40 % du prix du kilo et la barrette coĂ»te dĂ©sormais 15 Ă  20 euros. Il faut toutefois se mĂ©fier, car les trafiquants innovent.

Qu’en est-il de la cocaïne ?

Le prix a bondi de prĂšs de 30 %, car l’approvisionnement est perturbĂ© par l’arrĂȘt du trafic aĂ©rien. Les routes maritimes restent ouvertes, donc nous devons rester vigilants. Et prĂ©parer la levĂ©e du confinement car les trafiquants auront de la marchandise Ă  Ă©couler.

Plusieurs importantes saisies de cocaĂŻne destinĂ©es au marchĂ© national ont rĂ©cemment eu lieu en France
 Comment l’expliquer ?

En Europe et en France particuliĂšrement, le prix de la cocaĂŻne est de 30 ou 35 000 euros le kg ( NDLR : contre environ 15 000 euros aux États-Unis ). C’est un marchĂ© intĂ©ressant pour les trafiquants, avec un prix au gramme Ă  la revente qui est habituellement de 70 euros en France, et environ 600 000 consommateurs. Depuis deux ans, la quantitĂ© de cocaĂŻne qui entre en France est en hausse. Il y a deux vecteurs d’approvisionnement : le portuaire, avec des malfaiteurs trĂšs inventifs − Ă  Bordeaux, 700 kg Ă©taient dissimulĂ©s dans du bois − et l’aĂ©rien avec des mules depuis la Guyane.* En 2018, ce sont 2 tonnes 400 qui ont Ă©tĂ© saisies, soit 10 Ă  20 % de la cocaĂŻne qui arrive en France. Au total, on estime que 10 % de la marchandise qui entre sur le territoire est saisie.

L’autre nouveautĂ© des saisies rĂ©centes, c’est la puretĂ© de la cocaĂŻne. Que cela signifie-t-il ?

La cocaĂŻne qui arrive en France est de plus en plus pure. Elle est moins coupĂ©e, car elle transite par moins d’intermĂ©diaires
 La puretĂ© de la cocaĂŻne dĂ©montre l’évolution du marchĂ© et des organisations criminelles en France, dĂ©sormais capables de fonctionner directement avec les producteurs. Mais toute la cocaĂŻne qui arrive sur notre territoire n’est pas forcĂ©ment destinĂ©e Ă  la France. Elle peut ĂȘtre dispatchĂ©e, en Europe du nord par exemple.

Vos saisies dĂ©montrent donc que des organisations criminelles françaises peuvent dĂ©sormais importer pour plusieurs millions d’euros de cocaĂŻne ?

C’est Ă©vident, pour importer de telles quantitĂ©s de cocaĂŻne, il faut des professionnels avec une surface financiĂšre qui rassure les producteurs sud-amĂ©ricains, des capacitĂ©s de stockage, des compĂ©tences pour rĂ©ceptionner la marchandise, la distribuer. Il y a donc des structures criminelles de haut niveau, mais elles ne sont pas forcĂ©ment franco-françaises. On peut penser que des Français sont alliĂ©s Ă  d’autres groupes criminels.

De telles organisations peuvent-elles ĂȘtre combattues uniquement grĂące Ă  des saisies de drogue ?

On ne peut pas s’en contenter, car une saisie n’entrave qu’un temps une organisation criminelle, sans pour autant la dĂ©sorganiser. Dans chaque enquĂȘte de haut niveau, on doit aussi se concentrer sur le volet financier, la structure de blanchiment du rĂ©seau et le patrimoine des trafiquants. La mission de l’Ofast englobe aussi ce volet financier et on s’appuiera sur l’expertise de nos partenaires, dont l’Office central pour la rĂ©pression de la grande dĂ©linquance financiĂšre. Les stups, c’est ce qui rapporte le plus d’argent. Le marchĂ© est Ă©valuĂ© Ă  3 milliards d’euros par an. Or seulement 10 % des avoirs criminels sont saisis dans les enquĂȘtes pour trafics de stupĂ©fiants (un peu plus de 70 millions d’euros en 2019), ce n’est pas assez. L’objectif est de faire Ă©voluer les mĂ©thodes d’investigation : lutter contre le trafic, mais aussi contre les rĂ©seaux de blanchiment.

On peut donc penser que ce n’était pas le cas Ă  l’OCRTIS ?

L’objectif est dĂ©sormais d’allier les forces de tout le monde, avec en chef de file l’Ofast, et de partager le renseignement criminel afin de cibler les plus gros trafiquants, mais aussi de dĂ©manteler les trafics au niveau local. C’est aussi pour cela que la gendarmerie et les douanes sont intĂ©grĂ©es Ă  l’Ofast. Et aujourd’hui, on constate que l’on engrange de l’information qui gĂ©nĂšre des affaires. MĂȘme si parfois l’efficacitĂ© implique de la discrĂ©tion, la culture du secret ne peut pas ĂȘtre Ă©rigĂ©e en principe.

Au sujet des affaires qui ont secouĂ© l’OCRTIS, quelle est votre politique concernant les indics et les livraisons surveillĂ©es ?

Les livraisons surveillĂ©es, on continue d’en faire, mais dans un cadre juridique trĂšs strict, validĂ© et contrĂŽlĂ© par les magistrats depuis la loi de mars 2019 de programmation pour la justice. Quant aux sources, pour lutter contre les stupĂ©fiants, c’est vital, mĂȘme si ce n’est pas suffisant. Mais le contrĂŽle de la gestion des indics a Ă©tĂ© renforcĂ© en 2019 : la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a interdit aux chefs de service de gĂ©rer des informateurs. En tant que patronne de l’Ofast, je ne gĂ©rerai pas d’indics. Mon rĂŽle est de m’interroger sur le positionnement de nos sources, leur intĂ©rĂȘt, puis de les contrĂŽler.

Avec le Parisien

*Sur place, on mesure dĂ©sormais la relative inefficacitĂ© des politiques menĂ©es. « Nos collĂšgues magistrats sont lucides, avance le commissaire Nussbaum. Ils constatent qu’en la matiĂšre, la rĂ©pression n’est peut-ĂȘtre pas la seule solution. » DĂ©laisser la lutte contre les mules, considĂ©rĂ©es comme victimes, pour mieux ferrailler contre les rĂ©seaux est une idĂ©e qui fait son chemin. En attendant, les policiers qui sont en premiĂšre ligne accusent le coup : « Nous sommes en surrĂ©gime. Mais les chiffres des saisies augmentent. « Notre hiĂ©rarchie est satisfaite. Et tout le monde oublie ces dizaines de mules qui arrivent chaque jour Ă  bon port… »


Le bilan de l’OFAST oublie seulement de prĂ©ciser que les narcos-organisateurs sont avant tout des businessmen et qu’ils sont habituĂ©s Ă  contourner toutes les difficultĂ©s qu’ils rencontrent en temps ordinaire.

Pour eux, l’efficacitĂ© est au programme et les moyens financiers mis Ă  disposition pour mettre en Ɠuvre la logistique nĂ©cessaire pour parvenir Ă  Ă©couler les stocks existants et les renouveler.

Le vecteur transport maritime en provenance d’AmĂ©rique du sud et d’ailleurs avec les conteneurs et en Europe, le transport des TIR ne sont pas stoppĂ©s et au contraire, les contrĂŽles sont allĂ©gĂ©s. La CELTICS, que je sache, n’a pas vu ses effectifs triplĂ©s…et en frontiĂšre, ne serait-ce qu’au FrĂ©jus, important point de passage routier en l’Italie et la France, les contrĂŽles sont quasiment inexistants. Des Pays bas ou de Belgique, c’est opĂ©ration portes ouvertes depuis des dĂ©cennies sans que nos stratĂšges aient rĂ©ussi Ă  trouver une parade efficace au narcotrafic mondial. Ils n’ont su jusqu’Ă  aujourd’hui que faciliter la fluidification des marchandises et faire des statistiques.. permettant l’autosatisfaction qu’ils maitrisent parfaitement.

Ces rĂ©galiennes incapables, on le constate ces derniers jours, d’approvisionner la France en masques alors que ce sont des produits lĂ©gaux passant par des rĂšglements lĂ©gaux…et des transports lĂ©gaux… Comment imaginer qu’elles soient capables de lutter efficacement contre le narcotrafic qui n’utilise que des productions illicites, des transports non officiels, des rĂšglements par chambre de compensation secrĂšte et rĂ©ussisse Ă  satisfaire la demande du marchĂ©.

Depuis 40 ans, nous sommes inondĂ©s de rapports sur la progression des saisies permettant alors de s’enorgueillir de rĂ©sultats qui sont pourtant en trĂšs nette diminution en pourcentage et le constat de l’Ă©chec de la politique menĂ©e n’est jamais rĂ©alisĂ©! Jamais!

Peut-ĂȘtre une lueur d’espoir.

En Guyane, « On mesure dĂ©sormais la relative inefficacitĂ© des politiques menĂ©es. Nos collĂšgues magistrats sont lucides, avance le commissaire  divisionnaire Christian Nussbaum, directeur interrĂ©gional de la police judiciaire de Pointe-Ă -Pitre . « Ils constatent qu’en la matiĂšre, la rĂ©pression n’est peut-ĂȘtre pas la seule solution. »

°°°°

Tous ces savants dĂ©cideurs seraient ils en poste pour le bien public ou pour la soupe servie par la haute fonction publique. Aujourd’hui, on a tant d’Ă©narques Ă  caser, qu’ils ont envahi les hiĂ©rarchies intermĂ©diaires des rĂ©galiennes, amenant avec eux une inertie totale dans les services qu’ils ‘chapotent’ dĂ©sormais. L’incompĂ©tence est au pouvoir opĂ©rationnel et d’innombrables exemples le prouvent. A la douane, qu’un GĂ©rard Schoen, un administrateur civil, ait pu devenir patron de 1.300 douaniers dans le grand est de la France ne s’explique qu’en sachant que ce poste de Directeur interrĂ©gional, il ne l’a obtenu que pour ĂȘtre auprĂšs de sa maman…vieillissante! On rĂȘve! Un bon fils certes? Mais est-ce suffisant?

Ces derniers jours, la DG de la Douane Française, en mal de communication, n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  diffuser une information dont la source serait des interviews d’agents. Sauf que les interviews n’ont jamais eu lieu.

On bidonne, on bidonne, on bidonne!

Alors, la note de l’OFAST qui dresse un premier bilan des retombĂ©es sur le narcotrafic en pointant :

« Un ralentissement brutal de l’importation de produits stupĂ©fiants sur le territoire français. Aujourd’hui, tous les vecteurs par lesquels les stupĂ©fiants alimentent les points de vente sont fortement ralentis ou Ă  l’arrĂȘt complet. Cette situation ne permet plus d’acheminer les quantitĂ©s auxquelles le marchĂ© s’était habituĂ©. Le contexte de la lutte contre les trafics a ainsi radicalement changĂ©. »

L’OFAST nous signale que « l’activitĂ© des mules qui transportent habituellement de la cocaĂŻne vers l’hexagone au dĂ©part de la Guyane s’est totalement arrĂȘtĂ©e. » Et oui, c’est normal, il n’y a plus de liaisons aĂ©riennes entre Cayenne et Orly! Comme si ces mules reprĂ©sentaient une part importante de l’approvisionnement du marchĂ©. Non, ces mules ne sont que des individus en situation prĂ©caire qui cherchent par tous les moyens Ă  sortir de l’extrĂȘme pauvretĂ© dans laquelle ils se trouvent et les narco-logisticiens ne comptent absolument pas sur eux pour satisfaire une demande chaque mois grandissante.

Ajoutant: « De mĂȘme, les transports impliquant la circulation de personnes sur le vecteur routier (ex. go‑fast) sont annulĂ©s ou reportĂ©s. »

L’OFAST nous signale encore: « Les informations des services confirment aussi que les chargements de cannabis en provenance du Maroc et d’Espagne en gros et semi-gros ne rentrent plus en France depuis le 15 mars. »..Ajoutant craindre que « les ensembles routiers internationaux ne deviennent un vecteur privilĂ©giĂ© pour les trafics de stupĂ©fiants, en particulier si les services allĂšgent les contrĂŽles sur la circulation des marchandises, denrĂ©es alimentaires et autres, au profit d’autres missions prioritaires dans le contexte du Covid-19 ».

Mais de qui se fout-on? Il n’y a pas ou trĂšs peu de contrĂŽles, car il n’y a pas de personnels en nombre suffisant!

Selon les observations des antennes OFAST, « les rĂ©gions frontaliĂšres proches de l’Espagne ou des Pays-Bas s’approvisionnent encore facilement en stupĂ©fiants », tandis que « toutes les autres rĂ©gions mĂ©tropolitaines connaissent une diminution rapide des stocks de stupĂ©fiants, et beaucoup de points de vente sont dĂ©sormais fermĂ©s. »

« Les tensions actuelles mettent les trafiquants en stress, et portent en germe de nombreux risques en termes de sĂ©curitĂ© », souligne enfin l’OFAST dans sa conclusion. Et de lister : « Les risques de violence par les trafiquants contre les policiers pour dĂ©fendre leurs activitĂ©s criminelles dans certains quartiers ; les risques de violence entre trafiquants pour rĂ©cupĂ©rer les manques Ă  gagner, ainsi que leur emprise territoriale », mais aussi « l’essor des organisations criminelles Ă©trangĂšres implantĂ©es aux Pays-Bas, qui profitent actuellement de leur situation dominante de plate-forme de redistribution europĂ©enne pour la plupart des produits stupĂ©fiants » et «  l’accumulation des stocks en attente en Espagne ou dans certains ports, qui augure de l’ampleur des trafics au moment de leur reprise dĂšs que les circonstances le permettront ».

Cette note de l’OFAST me permet seulement de tirer, une fois encore, la conclusion que rien n’est vraiment fait pour lutter avec efficacitĂ© contre les mĂ©faits engendrĂ©s par la consommation de drogue.

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