FRANCE 🇫🇷 (NĂ®mes – quartier du Mas-de-Mingue): moins de dix jours pour que l’annĂ©e 2021 se mette au diapason de 2020, celui du staccato des armes automatiques

par Stéphane Joahny

EXTRAITS

Vendredi soir, vers 20h30, dans le quartier sensible du Mas-de-Mingue, un homme de 27 ans a Ă©tĂ© blessĂ© par balle au niveau de la cuisse. La veille de NoĂ«l, en fin de matinĂ©e, des coups de feu avaient encore retenti Chemin Bas d’Avignon. Pas de blessĂ© mais une grosse frayeur. Une de plus. Dix jours plus tĂ´t, toujours en plein jour, un mĂ´me de 18 ans avait Ă©tĂ© grièvement touchĂ©. La scène a Ă©tĂ© immortalisĂ©e par des riverains mĂ©dusĂ©s. Sur la vidĂ©o, on voit deux individus marcher tranquillement armes Ă  la main et faire feu tout en progressant.

Selon le procureur Eric Maurel, depuis le printemps 2019, les conflits liĂ©s au narco banditisme nĂ®mois ont laissĂ© six hommes sur le carreau et plus de dix blessĂ©s Ă  l’hĂ´pital.

Policiers, magistrats, avocats, Ă©lus, habitants, tous font le mĂŞme constat.

« Quand les autoritĂ©s s’en vont, d’autres prennent le pouvoir… »

Si l’on en croit le procureur de NĂ®mes, Eric Maurel, 6 Ă  700 kg de rĂ©sine de cannabis changent de propriĂ©taire chaque semaine sur NĂ®mes Ouest (Pissevin et Valdegour) et le meilleur point de vente assurerait un chiffre d’affaire quotidien de l’ordre de 25.000 euros. Epicentre du trafic : la triste galerie Richard Wagner, encastrĂ©e dans la citĂ©. Les deux tiers des commerces ont baissĂ© le rideau. Les autres vivotent sous l’œil de très jeunes guetteurs avachis aux endroits stratĂ©giques.

« Chaque annĂ©e, les saisies d’armes de guerre progressent de 50% »

A trois reprises en dĂ©but d’annĂ©e les « kalach » ont parlĂ©. Une première fois pour intimider. C’est un miracle si la deuxième n’a touchĂ© personne dans la brasserie mitraillĂ©e. La troisième a blessĂ© trois jeunes gens sur un point de deal.

Un conflit de générations

« Celui qui n’a pas fait de dĂ©tention passe pour un looser « , reconnaĂ®t Me Baptiste Scherrer. L’avocat nĂ®mois le confesse, du simple usage au trafic international, 70% de ses dossiers concernent les stupĂ©fiants. Et la clientèle ne cesse de rajeunir. « Plus qu’Ă  une guerre des territoires, nous sommes confrontĂ©s à NĂ®mes à un conflit de gĂ©nĂ©rations, explique le procureur Maurel. Pour simplifier : les jeunes de 18–20 ans, veulent prendre la place des vieux, de 25–30 ans« . « Quand le chef est en cavale Ă  l’Ă©tranger ou en prison, ses lieutenants veulent s’Ă©manciper« , complète le commissaire Fougereau, patron de la PJ de Montpellier.

La police ne se contente pas de compter les coups.

Fin septembre 2020, neuf suspects ont Ă©tĂ© Ă©crouĂ©es par la JIRS de Marseille pour leur participation aux fusillades de la galerie Wagner de janvier et fĂ©vrier. « Le commanditaire est en prison. Il avait recrutĂ© des ‘mercenaires’ d’un autre quartier de NĂ®mes pour intimider ses anciens lieutenants qui l’avaient Ă©vincĂ©« , dĂ©crypte une source proche du dossier. « Ces enquĂŞtes demandent du temps parce qu’il nous faut comprendre ces conflits et Ă©tablir une stratĂ©gie pour neutraliser ces Ă©quipes« , explique le patron de la PJ de Montpellier qui plaide pour une approche rĂ©gionale : « On s’aperçoit qu’il existe des alliances entre Ă©quipes de diffĂ©rentes villes pour mutualiser les achats de drogue mais aussi pour les règlements de compte« . Des interactions qui se jouent notamment en prison.

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