TURQUIE 🇹🇷 (cartel de Zindashti): le renseignement iranien serait-il impliquĂ© dans le trafic international de la Turquie vers la Roumanie ?

La police turque a dĂ©clarĂ© le 14 dĂ©cembre qu’elle avait arrĂŞtĂ© 13 membres d’un groupe criminel connu sous le nom de cartel de Zindashti travaillant en Turquie, accusĂ©s de collaboration avec les organes de renseignement de la RĂ©publique islamique d’Iran

L’agence de presse officielle du gouvernement turc, Anatoli, a dĂ©clarĂ© que le ministère iranien des renseignements employait ce groupe criminel pour assassiner ou enlever des dissidents iraniens en Turquie au moins depuis 2015.

Selon les rapports des mĂ©dias turcs ainsi que les vidĂ©os diffusĂ©es par Sky News le 16 dĂ©cembre, en Grande-Bretagne, l’enlèvement d’Habib Asyud ou Chaab, un sĂ©paratiste irano-arabe de premier plan de la province pĂ©trolière du Khouzistan avec une importante population arabophone, Ă©tait la dernière mission effectuĂ©e par le groupe criminel pour le compte du ministère iranien des renseignements.

Naji Sharifi Zindashti

A cĂ´tĂ© de ses associĂ©s dans le trafic de drogue, Naji Sharifi Zindashti, l’homme qui porte le nom du cartel, est Ă©galement soupçonnĂ© d’avoir Ă©tĂ© Ă  l’origine de l’assassinat du dissident iranien Masoud Mowlavi Ă  Istanbul en novembre 2019.

En 2018, certains membres du groupe et Zindashti lui-mĂŞme ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s en Turquie parce qu’ils Ă©taient soupçonnĂ©s d’avoir assassinĂ© Saeed Karimian, fondateur et directeur de Gem TV, et d’autres meurtres liĂ©s au trafic de drogue. Ils ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s après un certain temps, apparemment Ă  la suite de pressions, de pots-de-vin et d’un manque de preuves adĂ©quates.

Après sa libĂ©ration, Zindashti est retournĂ© en Iran et malgrĂ© ses condamnations pour trafic de drogue et le meurtre d’un gardien de prison dans le passĂ©, Zindashti mène une vie libre en Iran. Des sources en Iran affirment qu’il collabore ouvertement avec le ministère du renseignement et y dirige mĂŞme son commerce de la drogue. Il a construit des maisons dans son village natal et un bloc d’appartements Ă  Urmia.

Certaines preuves ont maintenant fait surface qui montrent que le cartel de Zindashti pourrait également avoir été impliqué dans le meurtre du juge iranien Gholamreza Mansouri dans la capitale roumaine Bucarest en juin

Le juge fugitif accusĂ© d’avoir reçu environ un demi-million de dollars de pots-de-vin, en fuite en Europe, a Ă©tĂ© retrouvĂ© mort dans des circonstances suspectes Ă  son hĂ´tel.

L’assassinat du juge Mansouri Ă  Bucarest peut avoir Ă©tĂ© commis par des hommes liĂ©s Ă  Hossein Karimi-Rigabadi, le cousin maternel et beau-frère de Zindashti. L’implication de Karimi-Rigabadi peut expliquer les obscuritĂ©s restantes dans le cas de Mansouri: les autoritĂ©s iraniennes qui disent que Mansouri s’est suicidĂ© peuvent l’avoir attirĂ© d’Allemagne en Roumanie oĂą les tueurs Ă  contrat avaient de meilleures possibilitĂ©s de l’abattre. Mansouri s’était rendu en Roumanie sur les conseils du ministère iranien des Affaires Ă©trangères pour Ă©viter d’ĂŞtre arrĂŞtĂ© pour violation des droits de l’homme en Allemagne.

Gholamreza Mansouri, juge en fuite et initié du régime, tué à Bucarest en juin 2020

La façon dont la police et les tribunaux roumains ont traitĂ© l’affaire et le fait que l’ambassade d’Iran Ă  Bucarest a ignorĂ© l’avertissement de Mansouri concernant le danger pour sa vie font partie d’un puzzle crĂ©Ă© par les organes de renseignement iraniens qui utilisent des groupes criminels Ă  l’Ă©tranger, tels que le Zindashti, le cartel en Turquie et le cartel de Rigabadi en Roumanie pour effectuer leur sale boulot Ă  leur place.

Karimi-Rigabadi a vĂ©cu Ă  Bucarest pendant plus de 25 ans oĂą il dirigeait l’un des principaux cartels de la drogue de la ville. Il a Ă©tĂ© recherchĂ© par la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis pendant de nombreuses annĂ©es pour son rĂ´le dans le trafic international d’hĂ©roĂŻne et a finalement Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© en Autriche en mars 2007 et extradĂ© vers les États-Unis .

Il a été libéré après cinq ans et est retourné en Iran où il vit actuellement.

Naji Sharifi Zindashti a Ă©tĂ© impliquĂ© dans une opĂ©ration massive de trafic de drogue en 2014 permettant Ă  la police grecque de saisir plus de deux tonnes d’hĂ©roĂŻne pure.

le navire Noor 1

L’arrestation Ă  Istanbul du narcotrafiquant Serifi Zindashti, âgĂ© de 44 ans – sur mandat d’arrĂŞt Ă©mis par les autoritĂ©s grecques – est le dĂ©veloppement le plus significatif de ces derniers mois dans le cas du transport de 2,1 tonnes d’hĂ©roĂŻne sur le le navire Noor 1, qui a Ă©tĂ© repĂ©rĂ© en juin 2014 Ă  Elefsina. lire plus

Des dizaines de personnes ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©es et une chaĂ®ne de meurtres suspects a eu lieu dans divers pays, dont la Turquie, oĂą Zindashti et sa famille vivaient. Au moins 17 personnes liĂ©es Ă  l’opĂ©ration ont Ă©tĂ© tuĂ©es sur trois continents au cours des six dernières annĂ©es.

Au cours des vingt-six dernières annĂ©es, Zindashti, 46 ans, a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© trois fois pour trafic de drogue et meurtre, mais Ă  chaque fois, il a rĂ©ussi Ă  Ă©chapper Ă  la punition. Il est le plus jeune enfant d’une famille aisĂ©e et bien connue du village de Mamkan dans la province de l’AzarbaĂŻjan occidental en Iran.

Le père et le frère aîné de Zindashti, dissidents kurdes combattant pour le Parti démocratique du Kurdistan iranien, sont tous deux morts dans une rencontre armée entre les hommes du parti (peshmarga) et les Gardiens de la révolution de la République islamique en 1983.

La police iranienne a arrêté Zindashti en 1996 pour un trafic de drogue. Lui et son complice Esfandiar Rigi ont été condamnés à perpétuité, mais ont tué un garde lors de leur transfert au tribunal pour témoigner dans une autre affaire et se sont enfuis.

Rigi s’est rendu au Pakistan et Zindashti s’est enfui en Turquie oĂą il s’est installĂ© avec sa sĹ“ur dans un village près de la ville de Van et a commencĂ© Ă  Ă©tablir son cartel de la drogue.

Zindashti’s villa in Istanbul

En 2001, Zindashti a dĂ©mĂ©nagĂ© Ă  Istanbul oĂą il a Ă©tabli des relations avec le mouvement politique de Fethullah Gulen et a fait de gĂ©nĂ©reux dons au groupe. Gulen, qui Ă  l’Ă©poque Ă©tait un religieux et une personnalitĂ© politique influente, soutenait l’Ă©toile montante Recep Tayyip Erdogan.

Plus tard, les deux hommes forts de la politique turque se sont effondrĂ©s et Gulen vit maintenant aux États-Unis alors qu’Erdogan souhaiterait vraiment l’extrader.

En 2007, la police turque a arrĂŞtĂ© Zindashti  avec plus de 77 kilos d’hĂ©roĂŻne près d’Istanbul.

Selon certaines informations, Zindashti a affirmĂ© qu’il s’appelait Kamal Sharifi-Seyedani et a coopĂ©rĂ© avec les autoritĂ©s pour identifier les itinĂ©raires du trafic de drogue pendant l’enquĂŞte et le procès en Ă©change d’une rĂ©duction de sa peine.

Le procureur chargĂ© de l’affaire a demandĂ© une peine d’emprisonnement Ă  perpĂ©tuitĂ©, mais Zindashti, utilisant toujours son pseudonyme de Sharifi-Seyedani, a finalement Ă©tĂ© libĂ©rĂ©, probablement en payant des centaines de milliers de dollars en pots-de-vin et en acceptant de tĂ©moigner dans l’affaire Ergenekon.

Pots de vin aux juges

Deux mois après sa sortie de prison sous un autre pseudonyme, Tarazi, il a tĂ©moignĂ© contre les juges dans l’affaire du trafic de 350 kilos d’hĂ©roĂŻne. Il a dĂ©clarĂ© Ă  la Cour que les juges avaient reçu 1,2 million d’euros de pots-de-vin pour permettre Ă  tous les prĂ©venus  de marcher librement.

TĂ©moigner contre d’autres a endommagĂ© la rĂ©putation de Zindashti parmi ses pairs et il est devenu la bĂŞte noire. La disgrâce parmi ses pairs lui a coĂ»tĂ© cher quelques annĂ©es plus tard quand ils l’ont soupçonnĂ© de les avoir vendus dans l’affaire de la dĂ©couverte massive d’hĂ©roĂŻne grecque Noor One, la plus importante jamais rĂ©alisĂ©e en Europe, qui a engendrĂ© des retombĂ©es sanglantes dans le monde entier et a dĂ©clenchĂ© des scandales de corruption politique qui font toujours rage en Turquie, en Grèce et au Moyen-Orient;

Esfandiar Rigi

L’une des personnes arrĂŞtĂ©es par la police Ă©tait Esfandiar Rigi, la personne qui s’Ă©tait Ă©vadĂ©e avec Zindashti de prison en Iran des annĂ©es auparavant. Rigi a fui la garde Ă  vue de la police grecque et s’est rendu en Turquie oĂą son vieil ami l’a aidĂ© Ă  se rendre Ă  DubaĂŻ oĂą il vivait.

D’autres barons de la drogue qui avaient investi dans l’accord ont commencĂ© Ă  soupçonner Zindashti après l’Ă©chec de l’accord et les arrestations en Grèce et ont mĂŞme assassinĂ© par erreur sa fille Avin, Ă©tudiante universitaire, Ă  Istanbul au lieu de lui quelques mois plus tard. Zindashti a affirmĂ© qu’il avait averti les autoritĂ©s turques et pensait que lui et sa famille Ă©taient sous leur protection.

Zindashti, qui ne savait pas qui avait ciblé sa famille, a décidé l’élimination de ses anciens partenaires

La première cible, Murad Garki, a Ă©tĂ© tuĂ©e Ă  Amsterdam, puis deux autres en Turquie. Les meurtres d’anciens associĂ©s, dont Esfandiar Rigi, connu sous le nom de Mohammad Diesel, se sont poursuivis en Turquie, aux Émirats arabes unis, aux Pays-Bas et en Iran.

Zindashti a finalement Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© en mars 2018 par la police turque lorsque la Grèce a Ă©mis un mandat d’arrĂŞt international contre lui, mais a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© avec l’aide du politicien turc Burhan Kuzu, un haut fonctionnaire du Parti de la justice et du dĂ©veloppement (AK) au pouvoir, et s’est rendu en Iran.

Kuzu avait dĂ©clarĂ© au juge que la libĂ©ration de Zindashti aurait un effet positif sur les relations turco-iraniennes.  Kuzu a-t il agi de sa propre initiative ou Ă  la demande d’un responsable diplomatique ou de sĂ©curitĂ© iranien. Le politicien turc a ensuite Ă©tĂ© jugĂ© pour son rĂ´le dans cette affaire.

Jusque-lĂ , Zindashti semblait toujours fonder ses espoirs pour  un avenir en Turquie et… sur la scène politique turque, mais pas en RĂ©publique islamique.

Les mĂ©dias turcs l’ont dĂ©signĂ© comme l’homme derrière l’enlèvement d’Habib Asyud le 16 dĂ©cembre et ont affirmĂ© qu’il Ă©tait liĂ© au ministère iranien des renseignements.

Dans une interview vidéo avec un journaliste turc publiée sur YouTube  le 20 décembre, Zindashti a nié les allégations de collaboration avec le ministère iranien des renseignements, portées contre lui par Bakhtiar Forat, un parent arrêté en Turquie en novembre. Zindashti a déclaré que les aveux de Forat avaient été faits sous la torture et étaient sans fondement.

La Turquie a arrĂŞtĂ© un certain nombre de citoyens turcs pour leur rĂ´le dans l’enlèvement d’Asyud remis aux services de renseignement iraniens, vraisemblablement sur ordre de Zindashti.

A suivre

Shahed Alavi – Iran International staff journalist

source

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