MALI 🇲🇱 (CocaĂŻne et HĂ©roĂŻne) : ce pays enclavĂ©, dĂ©sormais consommateur, est depuis la dĂ©cennie 1990 utilisĂ© comme plate-forme logistique vers les marchĂ©s europĂ©ens pour la cocaĂŻne et l’hĂ©roĂŻne

C’est le Journal du Mali qui nous rapporte que l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans un rapport d’évaluation de la réduction de la demande de drogues publié en 2017 précisait que :« Le phénomène a connu une expansion rapide au milieu des années 2000, comme conséquence directe des mesures répressives drastiques prises par les États-Unis. Désormais, les cartels des drogues latino-américains vont élire l’Europe comme marché de remplacement du marché américain et l’Afrique de l’Ouest comme plateforme d’acheminement vers ce marché » .

La nouveauté est que le pays de transition est devenu un consommateur considérable des stupéfiants.

Deux facteurs coexistants sont en cause, note l’ONUDC : l’immigration des Maliens en Europe et l’essor du tourisme européen au Mali. Un premier groupe de dealers d’héroïne est découvert dans les années 80 dans le quartier huppé de l’époque, l’Hippodrome. « Ces deux groupes ont importé les produits au pays et ont initié des personnes proches aux modalités de leur consommation. Quelques années auraient suffi pour faire émerger une génération d’usagers autochtones qui n’a jamais immigré en Europe ni été contact avec des touristes européens », indique-t-il.

Itinéraires divers

La drogue au Mali transite principalement, selon l’OSC, par l’axe Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) – Yorosso (Mali). Du cercle de Yorosso, une quantité est propagée à Ségou, qui ravitaille des villes du centre et du nord. Le reste s’achemine vers Koutiala, qui approvisionne Sikasso et Bamako par la route en contournant les points de contrôle des forces de sécurité. Souvent camouflés et dispersés dans des sacs de céréales ou de légumes, les stupéfiants traversent des localités de la région avant d’être stockés dans des fermes agricoles près de Bamako puis versés discrètement dans les marchés.

Au nord, Â« les psychotropes quittent le Niger, passent par Labbezanga et Ansongo et se retrouvent Ă  Gao. Quant Ă  la cocaĂŻne, elle transite par la frontière algĂ©rienne Â», assure un notable de la localitĂ©. Selon ce dernier, de la ville, les drogues sont souvent acheminĂ©es par bateaux dans les localitĂ©s, sur l’axe fluvial  Gao – Tombouctou – Mopti.

« Quant au rĂ©seau de la cocaĂŻne, il opère par voie aĂ©rienne et sur l’axe GuinĂ©e – KourĂ©malĂ© – Bamako. La route transahĂ©lienne, communĂ©ment appelĂ©e autoroute A-10, qui passe par le nord du Mali, est Ă  prĂ©sent peu pratiquĂ©e en raison de la forte prĂ©sence militaire et de la montĂ©e en puissance des FAMa Â», explique M. KeĂŻta. Mais en 2009 un avion cargo, renommĂ© par la suite « Air CocaĂŻne Â» s’est posĂ© en plein dĂ©sert Ă  Tarkint, Ă  une centaine de kilomètres de Gao. L’avion, qui venait du Venezuela, a Ă©tĂ© dĂ©chargĂ© de son contenu puis incendiĂ©. D’autres rĂ©seaux du cannabis – haschich pratiquent Â« l’axe Ghana – Burkina Faso – Mali, celui Maroc – Mauritanie – Mali et l’axe CĂ´te d’Ivoire – Mali Â».

Nombreux acteurs

Autant les routes sont diverses, autant le sont les acteurs et les ramifications vont souvent loin. L’affaire Air CocaĂŻne et les rĂ©centes saisies et arrestations de personnes transportant de la drogue Ă  l’aĂ©roport international Modibo Keita de SĂ©nou le prouvent. Certaines de ces personnes Â« sont issues des importantes diasporas ouest-africaines d’Europe et d’AmĂ©rique du nord et latine. Elles servent Ă  la fois Ă  Ă©tablir des liens avec les cartels, les producteurs, les revendeurs et les intermĂ©diaires sur le terrain, qui peuvent les aider et les soutenir en cas de problème, mais aussi Ă  rapatrier les bĂ©nĂ©fices vers l’Afrique sous diverses formes Â», explique la Commission ouest-africaine sur les Drogues (WACD). Selon elle, un baron de la drogue ouest-africain peut aussi bien ĂŞtre avocat, cadre supĂ©rieur ou homme politique que jeune dĂ©scolarisĂ© ou passeur de diamants.

Dans le Septentrion malien, traditionnellement, ce sont les tribus Arabes lamhar du Tilemsi (région de Gao) et Bérabiche (principalement à Tombouctou et à Taoudénit) qui détiennent le quasi-monopole le trafic de drogue, indique une enquête d’International Crisis Group de 2018. Depuis, la sociologie des acteurs s’est complexifiée, à cause « des revenus générés par la drogue ». Selon notre source à Gao, « les groupes terroristes, sous couvert du djihad, et certains groupes d’ex-rebelles » s’adonnent également à la pratique. Ce qui est attesté par plusieurs rapports, dont celui très détaillé d’International Crisis Group. Ces groupes profitent de la déstabilisation de l’État et de plusieurs « No go zone » pour leurs trafics. De fait, le petit vendeur de la Tour de l’Afrique n’est que la partie immergée de l’iceberg.

Narcotrafic : le Mali en a plein le nez

par Aly Asmane Ascofaré

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