Archives de la catégorie ‘Guinée Bissau’

Avant l’arrivée du Boeing plein de cocaïne à Tarkint, une autre arrivée par jet avait défrayé la chronique, déjà, avec un autre jet, certes plus petit mais il faut bien prendre conscience de son importance, car il relie à la fois les militaires narcos de Guinée-Bissau et ce même Boeing comme vous allez le voir et il implique également les mêmes acteurs français.

L’un d’entre eux surtout, qui a toujours échappé à tout, pour le résumer, en passant par le Sénégal, le Mali, puis le Bénin et aujourd’hui… le Togo. Il fait désormais dans la quincaillerie, dit-il. La précédente consistait en bric à brac en fond de hangars où l’on repeignait de vieux avions achetés une bouchée de pain… ou obtenus par d’autres méthodes comme nous allons le voir un peu plus loin ici. Qu’il n’ait jamais été inquiété davantage est de l’ordre de l’incompréhensible.

Ce gars-là est béni des Dieux… aériens, ce n’est pas possible autrement !

L’affaire qui a tout révélé

Puis il y eut le « scoop »du « jet ». Souvenez-vous donc, c’était le 12 juillet 2008. Un Gulfstream II G1159B, datant certainement de la fin des années 60 (avec de vieux réacteurs Spey), s’était posé en Guinée Bissau, vite entouré de militaires du pays qui l’avaient délesté rapidement de son contenu, prétextant des « colis médicaux » à bord. L’avion était parti de Tocumen au Mexique avec un passage au Panama avant de traverser l’Atlantique (des informations relevées par les enquêteurs dans les téléphones satellitaires laissés à bord de l’appareil).

Ses membres d’équipage s’appelaient Carmelo Vásquez Guerra, Carlos Luis Justiniano Núñez et Daniel Aguedelo Acevedo (photographies ici).

A bord le chargement faisait 600 kilos et c’était bien de la cocaïne pure, découvrira-t-on plus tard. C’est le premier jet VIP à se faire pincer ainsi (depuis il s’en pose toutes les semaines des avions similaires, bourrés de coke, en Amérique Centrale, vous le savez).  Un avion … récidiviste du fait : dans le Palm de Carmelo Vasquez Guerra) on trouvera aussi le versement en sa faveur de 900 000 dollars et il en était à sa cinquième livraison du genre depuis le mois de mars !!! Ce n’était donc pas sa première visite !!!

Des doutes avaient été rapidement émis sur le vieil avion, qui a été repeint à neuf, visiblement, et qui était resté bloqué sur place car il avait eu des problèmes techniques et a réussi à redécoller dans un premier temps mais a dû revenir se poser.

Envoyé dans un hangar pour y être réparé, on avait découvert que c’est un avion qui a été effectivement maquillé et cloné, car c’est en réalité le N221SJ et non le N351SE existant : un troublant cliché retrouvé depuis en fait foi : c’est la photo prise le 12 février 2008 d’un Gulfstream arborant bien le numéro N351SE mais aux couleurs… du N211SJ (voir plus bas ici) !  Sidérante découverte et confirmation de l’intuition que j’avais eue : tout concordait, y compris le fait que les lettres couleur bordeaux paraissaient bien plus larges que les originales qu’elles recouvraient tout simplement !!!  C’était donc bien le fameux N211SJ !!!

Cet avion a un cursus passionnant : exporté au Mexique le 12 juin 2007, devenu XB-KHU, vendu alors par Mobarak Aircraft en Floride, il avait déjà été saisi par les autorités vénézuéliennes et incorporé dans la flotte officielle de l’armée bolivarienne, pour trafic de drogue !

Très vite j’avais en fait eu l’intuition de cette origine, en comparant simplement des photos fournies par les vénézuéliens, que l’on commençait alors seulement à soupçonner de trafic massif de cocaïne.

Mais à ce moment-là, personne n’osait encore incriminer le régime de Chavez, auréolé d’une gloire qui perdure encore chez les Mélenchonistes notamment, telle Clémentine Autain, qui refuse toujours de condamner le régime de Maduro !).

Et pourtant… l’appareil, soupçonné d’avoir servi au trafic de drogue au Vénézuela, avait été carrément saisi et versé ensuite à l’armée vénézuélienne, qui l’avait rebaptisé 0010, pour s’en servir comme avion de VIPs pour ses généraux. Il avait été photographié à Caracas à La Carlota (General Francisco Miranda) en juin 2008 encore aux côtés d’autres avions officiels.

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NARCO-BUSINESS: le trafic se déplace, se transforme, s’adapte.

Publié: 5 octobre 2020 par Marc Fievet dans 36, Aeronarcotrafic, Afghanistan, AFRIQUE, Albanie, Algérie, Allemagne, AMERIQUE CENTRALE - CARAÏBE, AMERIQUE du NORD, AMERIQUE du SUD, Andorre, Argentine, ASIE, Asie centrale (Kirghizstan - Kazakhstan - Ouzbékistan - Tadjikistan - Turkménistan), Australian Customs and Border Protection Service., AUSTRALIE, Équateur, Balkans, BAN, Belgique, Belize, Benin, Blanchiment, Bolivie, Brésil, C3N, Canaries, Cap-Vert, Carabinieri, Côte D’Ivoire, CELTIC, Chili, CHINE, Colombie, Corse, Costa Rica, Customs and Border Protection, Cyberdouane, Cybergendarmes, DEA (USA), Djibouti, DNRED, Douane française, Drogues, Espagne, EUROPE, EUROPOL, France, FSKN (Russie), Gendarmerie, GIBRALTAR, GRC - RCMP (Canada), Guadeloupe, Guardia Civil, Guardia di Finanza, Guardia di Finanza (Italie), Guatemala, Guinée Bissau, GUYANE, Haiti, HM Customs Excise (UK), Honduras, Indonésie, INTERPOL, Irán, Irlande, Italie, Justice, La Réunion, Laos, LUXEMBOURG, MAFIA, Mali, Malte, Maroc, Martinique, Maurice, México, Narco-logistique, NARCOTRAFIC, Narcotrafic INFOS, Narcotrafic maritime, NCA, Nicaragua, NS 55, OCEAN INDIEN, OCRTIS, OFAST, Pakistan, Panama, Paraguay, Pays de transit, Pays producteurs, Pays-Bas, Pérou, Police, Policia, Puerto Rico, Saint-Martin, Sainte-Lucie, Salvador, Santo Domingo, Sardaigne, Sénégal, SERVICES ANTI-DROGUES, SERVICES ESPAGNOLS, SERVICES FRANCAIS, Suisse, SURV et BSI, SVA, Thaïlande, TRACFIN, Turquie, UAR, UK, Uruguay, Venezuela, Vietnam
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Avec leur bras armé, la DEA (Drug Enforcement Administration), les États-Unis frappent fort…

Mais le trafic se déplace, se transforme, s’adapte. Une nouvelle génération de trafiquants émerge à la fin des années 1970, qui recherche à la fois l’argent et le pouvoir.

Si Pablo Escobar est le plus emblématique de tous,  Totò Riina en Sicile, Khun Sa dans le Triangle d’or, et Félix Gallardo au Mexique ont aussi bouleversé le destin de leur pays et fait exploser le trafic à l’échelle mondiale.

Ils défient les États, menacent les pouvoirs en place.

Il faut près de vingt ans pour que ces derniers s’organisent et fassent tomber les quatre barons de la drogue.

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Comme promis précédemment, on quitte quelques jours le Brésil. En juin dernier c’est un véritable coup de tonnerre qu’a provoqué un article de presse en Côte d’Ivoire.

Paru dans Vice, avec un titre de mauvais goût et bien trop provocateur le desservant, il mettait en cause une très haute personnalité du pays et accusait toute une industrie locale, celle de la musique, de blanchiment. Un article hélas critiquable (1) et qui me semble insuffisant, laissant de côté des pans entiers de l’histoire du trafic dans la région, mais qui reposait bien sur des faits intangibles : le trafic de cocaïne à bien rongé le pays, alors qu’il y a quelques années encore c’était son voisin la Guinée et son « prolongement » géographique la Guinée-Bissau surtout que l’on montrait du doigt comme mauvais exemple. La côte tournée vers l’Ouest davantage que le côté Sud de la zone.

Visite guidée de la région …En 2012, rien ne laissait prévoir en effet la conclusion actuelle  de nos deux journalistes provocateurs.

Dans son long panorama du trafic de cocaïne en Afrique de l’ouest Georges Berghezan (lire ici) du GRIP avait affirmé que le pays échappait alors au désastre… mais il avait semble-t-il quand même pressenti que ça pouvait changer dans les temps à venir :  « si les nombreuses années d’instabilité, couplées à une politique de sanctions et de surveillance inter- nationales, ont pu mettre la Côte d’Ivoire à l’abri du gros trafic international, il est encore trop tôt, d’une part, pour savoir si l’intérêt des narcotrafiquants pour le pays est en train de croître et, d’autre part, pour évaluer la politique du nouveau gouvernement en matière de lutte contre la drogue ». Le pays, alors quelque peu immunisé, semble donc avoir beaucoup changé depuis.

La Guinée-Bissau avant la Côte d’Ivoire

A l’époque, l’accent était plutôt mis sur la Guinée-Bissau, et son régime de colonels narcos (à droite Antonio Indjai, qui avait évincé José Zamora Induta) , mais aussi et déjà la présence d’européens sur place faisant la navette, déjà, avec le Portugal, notamment avec un Cessna 402 bien répertorié. appartenant à une entreprise particulière, lié à l’affaire du Boeing retrouvé incendié au Mali et qui aurait amené à plusieurs reprises plus de 6 tonnes de coke d’un coup (on a suggéré 10 tonnes laissa semble excessif). On recherche alors son propriétaire : « qu’est devenu Ibrahima Gueye ces derniers temps est une bonne question, car personne ne sait vraiment. Il n’est plus venu au Mali depuis plusieurs mois. Ce qui lui est reproché est d’avoir affrété au moins le boeing de Tarkint et d’avoir en partenariat avec Eric Vernay (en fait Vernet) et Ben Hako, inculpés depuis mars dernier, d’avoir fait poser des avions sans autorisation au Mali. En particulier, un petit bimoteur de 6 à 10 places, un Cessna 402 C, immatriculé J5-GTA (ici à Evora au Portugal le 18 septembre 2009) que la presse donne pour familier au Mali. Rien d’étonnant sauf que les célèbres « spotters » que sont Tiago Palla et Jaoo Mellim ont plusieurs fois photographié le même coucou avec le même numéro à l’aérodrome d’Evora, au Portugal en septembre 2009. »

Un Cessna 402 ? Le type d’avion le plus employé par les « Mermoz du trafic de coke »  ??? Voilà qui est extrêmement intéressant !

Un Boeing d’un côté, du même modèle que celui retrouvé en miettes, et de l’autre le prototype même des petits avions ayant traversé l’Atlantique ses dernières années pour amener la cocaïne : serait-on tombé sur le « client parfait », celui capable de tout expliquer à cette déferlante de drogue ? avais-je écrit ailleurs en  2011. L’avion bien cerné, effectuait des rotations suspicieuses puisqu’on l’avait vu successivement au Portugal, au Cap-Vert, en Guinée-Bissau, au Sénégal et au Mali. Et il était du type même que ceux qui tenteront les premier d’apporter de la coke colombienne en Afrique de l’ouest en osant traverser l’Atlantique, une véritable prouesse sur ce type d’appareil (il fallait l’équiper de fûts supplémentaires de carburant en cabine). Et à ce moment-là, une nouveauté dans le trafic de cocaïne !

Les fameux »sacs de ciment » 

Le passage du Cessna 402 en Guinée Bissau avait été perçu comme un transporteur de biens étranges sacs expliqués comme étant des sacs de ciment, le mot codé pour éviter de dire cocaïne. Un bien étrange manège, avec alors des avions faisant la navette en provenance du Cap Vert ou du Sénégal, avait-on noté. « Le Monsieur débarque toujours à Bissau, mais aujourd’hui son arrivée est précédée par celle d’une unité militaire qui s’occupe de l’affaire et assure le transfert, manu militari, du « ciment » vers les véhicules militaires. Le Monsieur vient une fois par semaine dans un bimoteur chargé de sacs de »ciment ». L’opération militaire est régulièrement dirigée par un major récemment promu, homme de confiance d’Antonio Indjai, le nouveau chef de l’armée bissau-guinéenne (ici à droite).

Cet officier a été arrêté, en 2009, dans la région de Jugudul, entre Bissau et Mansoa, accusé de transporter de la drogue. Il n’a jamais été mis en prison ni jugé et garde toute la confiance du chef de l’armée ». Exactement ce qu’on avait décelé lors de l’affaire du Gulfstream débarqué inopinément le 12 juillet 2008 (et mis en vente depuis !).

L’armée de Guinée-Bissau était à la tête du trafic, cela ne faisait aucun doute !

source et plus

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Dans le monde de la lutte internationale contre la criminalité, cette route est appelée Highway 10, référence à la dixième latitude, et c’est la route la plus courte de l’Amérique du Sud à l’Afrique de l’Ouest. Pendant des siècles, des millions d’esclaves ont été amenées en Amérique par cette route, maintenant ce sont des dizaines de tonnes de cocaïne qui partent dans la direction opposée chaque année.

La ‘Ndrangheta, entre autres, s’occupe ensuite d’assurer le transport d’Abidjan vers l’Italie et la Belgique.

Coupé décalé, sacs de coke échoués et mafia italienne, VICE s’est rendu en Côte d’Ivoire, plaque tournante du trafic de cocaïne.

Partie 1/5

« Il y avait des sacs remplis de coke sur toute la côte » : on a suivi la piste de la ‘Ndrangheta jusqu’au port de transit d’Abidjan, maillon indispensable du réseau de la mafia italienne.

Par Nicholas Ibekwe et Daan Bauwens

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Partie 2/5

« La Guinée est devenue un État narcotrafiquant à part entière. Tout le budget de l’État, les salaires des ministres, de la police ; tout est payé par les chefs de la mafia colombienne. »

par Daan Bauwens et Nicholas Ibekwe

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Partie 3/5

« Le ministre de la Défense, le plus grand trafiquant de cocaïne ? Je le sais. Et tout le monde le sait. »

Par Nicholas Ibekwe et Daan Bauwens

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«Le plus inquiétant au sujet du dernier épisode de conflit en Guinée-Bissau,c’est que le contrôle de l’économie de la drogue semble, une fois de plus, faire partie du calcul des principaux acteurs de l’élite politique et militaire»

Selon GI-TOC, avec la dernière vague de conflits politiques, entre fin 2019 et début 2020, « de nouvelles preuves et rumeurs ont émergé selon lesquelles la cocaïne continue de transiter par la Guinée-Bissau« .

L’analyse du GI-TOC considère que la crise politique de 2020, résultant de la contestation des résultats des élections présidentielles de décembre, présente «des parallèles inquiétants» avec celui de 2012/13, «lorsque les militaires étaient les acteurs centraux de la protection et de la participation le commerce de la drogue ».

Le GI-TOC a souligné le soutien des chefs militaires à l’investiture de l’actuel chef de l’État, Umaro Sissoco Embaló, en février, citant notamment la présence, lors de la cérémonie, du chef adjoint de l’état-major général des forces armées, Mamadu N ‘. Krumah et le chef d’état-major de l’armée de l’air, Ibraim Papa Camará, qui auraient été impliqués dans le trafic de drogue.

source

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