AFGHANISTAN đŸ‡ŠđŸ‡« : le contrĂŽle du marchĂ© de la drogue, l’autre victoire des talibans

Avec la victoire des talibans, il est donc peu probable que l’économie de la drogue connaisse un ralentissement. Certes, les combattants islamistes, qui avaient banni la culture du pavot en 2001 quelques mois avant l’intervention amĂ©ricaine, restent officiellement opposĂ©s aux drogues illicites, mais les moteurs sous-jacents restent trop puissants et la manne financiĂšre trop importante. En consĂ©quence, le conflit actuel devrait contribuer Ă  alimenter le marchĂ© mondial de l’hĂ©roĂŻne, dont prĂšs de 90 % est produite en Afghanistan, ainsi que le problĂšme croissant de la drogue dans la rĂ©gion.La longue guerre en Afghanistan a atteint un tournant le dimanche 15 aoĂ»t lorsque les talibans ont investi le palais prĂ©sidentiel Ă  Kaboul aprĂšs la fuite du prĂ©sident Ashraf Ghani qui a reconnu leur victoire. Cette prise de pouvoir intervient Ă  l’issue d’une offensive au cours de laquelle une douzaine de villes majeures du pays sont tombĂ©es aux mains des combattants islamistes en quelques jours.

Cependant, l’échec du processus de paix ne suffit pas Ă  expliquer la situation : des facteurs Ă©conomiques influencent Ă©galement les Ă©vĂ©nements en cours, dont le commerce de l’opium et de l’hĂ©roĂŻne que la dizaine de milliards de dollars investis par Washington depuis 2002 dans la lutte anti-drogue n’ont pas rĂ©ussi Ă  endiguer.

L’histoire se rĂ©pĂšte

Cela nous ramĂšne Ă  Zaranj. Ce n’est pas une coĂŻncidence si les talibans se sont d’abord concentrĂ©s sur les villes frontaliĂšres, car celles-ci ont une importance Ă©conomique considĂ©rable. Les combattants contrĂŽlent dĂ©sormais une dizaine de points de passage internationaux. Outre Zaranj, ils ont Spin Boldak, une porte vers le Pakistan, Islam Qala, le principal point de passage vers l’Iran, et Kunduz, qui leur confĂšre le contrĂŽle des routes vers le Tadjikistan.

L’histoire rĂ©cente a largement dĂ©montrĂ© l’importance de ces villes. Lorsque les factions en guerre en Afghanistan ont cessĂ© de recevoir une aide militaire et financiĂšre, principalement de la part des Russes, Ă  la fin des annĂ©es 1980, puis de la part des AmĂ©ricains, le contrĂŽle du commerce est devenu essentiel.

Évolution de la surface dĂ©diĂ©e Ă  la culture du pavot entre 1994 et 2020 en Afghanistan (en hectares). Unodc.org (mai 2021).

Cela comprenait notamment l’économie de la drogue, qui s’est dĂ©veloppĂ©e massivement Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 1990 pour aujourd’hui gĂ©nĂ©rer environ 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, un montant qui reprĂ©sente 10 % du PIB national. Selon d’autres estimations, entre 4 et 5 millions de personnes (sur une population totale de 25 millions d’habitants environ Ă  l’Ă©poque) Ă©taient impliquĂ©es dans la filiĂšre dans les annĂ©es 2000.

Ce phĂ©nomĂšne se reproduit aujourd’hui. Dans les annĂ©es 1990, par exemple, Zaranj Ă©tait une sorte de Far West qui s’est dĂ©veloppĂ© comme plaque tournante du commerce illicite, s’appuyant sur des connexions transfrontaliĂšres de longue date entre les tribus baloutches spĂ©cialisĂ©es dans la contrebande de carburant, de drogues et de personnes.

Des activitĂ©s similaires s’y poursuivent aujourd’hui : l’opium et l’hĂ©roĂŻne, provenant des champs de pavot des provinces voisines de Farah et du Helmand, passent en contrebande de l’autre cĂŽtĂ© de la frontiĂšre. Tout comme le trafic d’ĂȘtres humains, qui est en plein essor.

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